Une anisocorie désigne une différence de diamètre entre les deux pupilles. Elle peut être discrète et totalement bénigne, notamment lorsqu’elle existe depuis longtemps, mais une anisocorie apparue brutalement peut aussi révéler une atteinte oculaire ou neurologique nécessitant une prise en charge rapide.
La pupille est l’ouverture noire située au centre de l’iris. Son diamètre varie en permanence : elle se contracte lorsque la lumière augmente et se dilate dans l’obscurité. Ces réactions sont normalement coordonnées entre les deux yeux. L’anisocorie apparaît lorsqu’une pupille se comporte différemment de l’autre.1
- Une petite différence entre les pupilles peut être une variante physiologique normale.
- L’anisocorie physiologique est généralement inférieure ou égale à environ 1 mm.1
- L’éclairage aide à identifier la pupille qui fonctionne anormalement.
- Une apparition brutale associée à une céphalée intense, un ptosis, une vision double, un traumatisme ou des signes neurologiques doit être évaluée rapidement.
L’anisocorie est-elle fréquente ?
Oui. La cause la plus fréquente est l’anisocorie physiologique, c’est-à-dire une différence pupillaire sans maladie sous-jacente. Le Manuel MSD indique qu’elle peut concerner jusqu’à environ 20 % des personnes.1
Les chiffres varient cependant selon la méthode de mesure. Une étude publiée en 2019 a retrouvé une prévalence de 13,7 %.2 Une autre étude réalisée sur 126 participants a montré que l’anisocorie était observée chez 23,8 % des sujets en lumière forte et davantage dans certaines conditions de faible éclairage.3
Comment reconnaître une anisocorie physiologique ?
Une anisocorie ancienne, stable et sans autre symptôme est souvent rassurante. Dans sa forme physiologique, la différence entre les pupilles est généralement inférieure à environ 1 mm et leurs réactions à la lumière restent normales.1
Regarder d’anciennes photographies peut être très utile : une différence pupillaire déjà visible plusieurs années auparavant suggère qu’elle n’est pas apparue récemment.
Une différence supérieure à 1 mm n’est pas automatiquement synonyme de maladie, mais elle justifie plus volontiers un examen médical, surtout si elle est récente ou accompagnée d’autres signes.
Pourquoi l’anisocorie change-t-elle avec la lumière ?
L’observation dans une pièce éclairée puis dans l’obscurité constitue un élément important de l’examen.
- Anisocorie plus importante dans l’obscurité : la petite pupille est généralement celle qui se dilate insuffisamment. Un syndrome de Claude Bernard-Horner fait partie des causes possibles.
- Anisocorie plus importante à la lumière : la grande pupille est généralement celle qui ne se contracte pas normalement.
Ces observations servent à orienter le diagnostic mais ne permettent pas de déterminer seul la cause.1
Quelles sont les principales causes d’une anisocorie ?
| Cause possible | Aspect ou contexte évocateur |
|---|---|
| Anisocorie physiologique | Ancienne, stable, habituellement faible et sans autre symptôme. |
| Pupille tonique d’Adie | Une pupille reste plus grande et réagit lentement, notamment après exposition à la lumière. |
| Syndrome de Claude Bernard-Horner | Petite pupille, parfois accompagnée d’une légère chute de la paupière et d’une diminution de la transpiration du même côté. |
| Atteinte du IIIe nerf crânien | Pupille parfois dilatée avec ptosis, limitation des mouvements de l’œil et vision double. |
| Traumatisme ou chirurgie oculaire | L’iris peut avoir été lésé, entraînant une modification durable du diamètre ou de la forme de la pupille. |
| Médicaments ou substances | Certains collyres ou produits peuvent provoquer une dilatation ou une contraction d’une seule pupille s’ils contaminent un seul œil. |
| Maladie oculaire | Une inflammation intraoculaire ou un glaucome aigu peut s’accompagner d’anisocorie, généralement avec douleur ou troubles visuels. |
Le syndrome de Claude Bernard-Horner
Le syndrome de Claude Bernard-Horner correspond à une interruption de la voie nerveuse sympathique qui relie le cerveau à l’œil. Il associe classiquement un myosis — une pupille plus petite — à un ptosis et parfois à une diminution de la transpiration du côté atteint.
Ses causes sont multiples : certaines sont bénignes, mais d’autres peuvent être neurologiques, vasculaires ou tumorales. Un syndrome de Horner récent nécessite donc une recherche de sa cause.1
La paralysie du troisième nerf crânien
Le troisième nerf crânien contrôle plusieurs muscles responsables des mouvements de l’œil ainsi que certaines fonctions pupillaires. Une atteinte peut provoquer diplopie, ptosis, limitation des mouvements oculaires et parfois mydriase.
Une paralysie aiguë du IIIe nerf avec pupille dilatée peut notamment être liée à une compression par un anévrisme intracrânien et constitue une urgence nécessitant une évaluation médicale et une imagerie adaptées.4
Quand une anisocorie devient-elle une urgence ?
Dans une situation évoquant une urgence médicale en France, il est possible de contacter le 15 (Samu) ou le 112.5
Comment le médecin recherche-t-il la cause ?
L’examen commence généralement par déterminer depuis quand la différence pupillaire existe et s’il y a eu un traumatisme, une chirurgie, la prise d’un médicament ou l’utilisation récente de collyres.
Le professionnel de santé compare ensuite les pupilles dans la lumière et l’obscurité, vérifie leur réaction lumineuse, les mouvements des yeux, les paupières et les structures de l’œil. Des photographies anciennes peuvent aider à savoir si l’anisocorie existait auparavant.1
Selon les résultats, un examen ophtalmologique plus complet, des tests pharmacologiques réalisés par un professionnel ou une imagerie telle qu’une IRM, une TDM ou une angiographie peuvent être nécessaires. Il est déconseillé d’essayer soi-même des collyres pour déterminer quelle pupille est anormale.
Quel traitement en cas de pupilles de tailles différentes ?
Il n’existe pas de traitement spécifique de l’anisocorie : le traitement dépend de sa cause. Une anisocorie physiologique ne nécessite généralement aucun traitement. Une inflammation, une maladie neurologique, une atteinte du nerf oculomoteur ou une autre affection sous-jacente doit en revanche être prise en charge de manière adaptée.
En pratique, ce n’est donc pas uniquement la différence de diamètre qui compte, mais surtout son apparition récente ou ancienne, son évolution avec la lumière et les symptômes associés. Une anisocorie ancienne et isolée est fréquemment bénigne ; une modification brutale accompagnée de symptômes neurologiques ou visuels impose davantage de prudence.
Ces informations sont destinées à l’information générale et ne remplacent pas un diagnostic ni un examen médical.
Notes de bas de page et sources
- Manuel MSD, « Anisocorie – Pupilles inégales », dernière mise à jour octobre 2025 : https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-oculaires/sympt%C3%B4mes-des-troubles-ophtalmologiques/anisocorie
- George AS, Abraham AP, Nair S, Joseph M., « The Prevalence of Physiological Anisocoria and its Clinical Significance – A Neurosurgical Perspective », Neurology India, 2019 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31857545/
- Steck RP et al., « Physiologic anisocoria under various lighting conditions », Clinical Ophthalmology, 2018 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5757963/
- American Academy of Ophthalmology – EyeWiki, « Acquired Oculomotor Nerve Palsy », page actualisée en 2026 : https://eyewiki.aao.org/Oculomotor_nerve_palsy
- Service-Public.fr, « Quels sont les numéros en cas d’urgence ? » : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F33954

